Nicolas Bedos se paie la tête de Dieudonné

On ne compte plus les réactions, les tribunes et les coups de gueule depuis le début de l’affaire Dieudonné. Mais le numéro qu’a livré l’humoriste Nicolas Bedos, sur le plateau de l’émission On n’est pas couché, samedi soir, est certainement un des plus virulents.

Déguisé avec une barbe à la Dieudonné et une moustache à la Hitler, le fils de Guy Bedos a d’abord fait une imitation acerbe d’un fan de l’humoriste. Il a ensuite jeté un malaise sur le plateau en faisant un salut nazi et en récitant des «vannes» sur les juifs écrites par Alain Soral, essayiste de l’extrême-droite française et proche de Dieudonné. Nicolas Bedos a terminé par une charge en règle envers le principal intéressé :

Je ne dis pas bravo à ce con de Dieudo, qui a kidnappé l’humour sur les feujs (juifs) et les rebeus (arabes) pour mieux servir une soupe cuisinée à Berlin dans les années 40. Merci Dieudo, bravo l’idiot !

Cette sortie a provoqué des réactions très mitigées. Si certains la considèrent très efficace, d’autres trouvent qu’elle va beaucoup trop loin. Sur le Bondy Blog, un média en ligne écrit par des collaborateurs majoritairement issus de quartiers populaires, on critique notamment l’imitation d’un fan à l’«accent fumeux» :

En faisant ça, hier, à la télévision, tu as stigmatisé tous ceux qui pensent, en banlieue, que cette affaire est affligeante. Tu as pris un sac et tu nous as tous mis dedans, sans rancoeur, sans t’en vouloir, avec ton air narquois et ta fausse morale. C’était vulgaire, c’était obscène.

Ces reportages du journal Le Monde et de Francetvinfo montrent que le public de Dieudonné est très diversifié. Il serait constitué autant de «jeunes des cités» que de commerciaux, chefs d’entreprise, chômeurs, enseignants, militants d’extrême-droite et d’extrême-gauche, Noirs, Blancs, Arabes, jeunes et moins jeunes…

13. janvier 2014 par Pierre
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La une qui choque (ou pas)

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Cette semaine, les Français ont prouvé, une fois de plus, qu’ils vivent bien souvent sur une autre planète que celle des Américains. Pour son dernier numéro, le magazine Closer titre «L’amour secret du président» et révèle une supposée liaison entre François Hollande et l’actrice Julie Gayet. Résultat ? Pas de scandale, comme cela aurait été le cas aux États-Unis.

Selon un sondage publié par Le Journal du Dimanche, 77% des Français pensent plutôt qu’il s’agit d’une affaire privée qui ne concerne que François Hollande. Une affaire qui a dégradé l’image de l’homme aux yeux de seulement 13% des sondés.

Les médias, eux, se sont contentés pour la plupart de relayer (ou critiquer) l’article de Closer, sans davantage creuser l’affaire. Rappelons que les journalistes français avaient attendu 1994 avant de révéler l’existence de Mazarine Pingeot, fille adultérine de François Mitterrand. Un secret qu’ils connaissaient depuis des années et qui n’aurait jamais été aussi bien gardé par leurs confrères outre-Atlantique.

Mais selon Delphine Meillet, avocate spécialisée dans le droit de la presse et interviewée par Le Point,  le rapport des médias français avec la vie privée est peut-être entrain de changer. Après la relation médiatisée de Carla Bruni et Nicolas Sarkozy, cette une en serait un nouvel exemple :

Closer a franchi un pas de plus, ça crée un réel précédent. [...]  Il y a quelques années, ils ne se seraient jamais autorisés à le faire. On s’éloigne de la tradition française du respect de la vie privée, et on va vers le système anglo-saxon.

12. janvier 2014 par Pierre
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Newsweek assombrit la France

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© Pierre Tremblay

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’hebdomadaire Newsweek n’a pas la côte, ces jours-ci, en France. La semaine dernière, la journaliste américaine Janine di Giovanni a publié «The fall of France» (Le déclin de la France), un portrait sévère de la situation socio-économique et politique du pays. Les critiques sont nombreuses : impôts trop élevés, fuite des cerveaux à l’étranger, avantages sociaux trop nombreux, manque d’intérêt du pays pour les économies émergentes, etc…

Le souci, c’est que l’auteur, pourtant Parisienne depuis une dizaine d’années, multiplie les erreurs de faits, comme le démontre, point par point, le journal Le Monde. Par exemple, l’hebdomadaire prétend qu’un demi-litre de lait coûte presque 4 dollars à Paris, soit 5,88 euros le litre ! C’est quatre fois plus que le lait le plus dispendieux trouvé dans le plus cher arrondissement de la capitale.

Hier, malgré cette contre-analyse du Monde, Newsweek en a remis une couche avec un nouvel article au titre évocateur : «How a Cockerel Nation Became an Ostrich» (Comment la nation du coq est devenu autruche). Mais, encore une fois, les «décodeurs» du Monde ont décortiqué minutieusement les thèses de leurs confrères outre-Atlantique

Cette mini-polémique rappelle que le «modèle français» fait aussi souvent l’objet de sévères critiques au Québec. Ces derniers mois, ce fut particulièrement le cas en matière de laïcité, d’intégration et d’immigration. Sur son blogue, Mathieu Bock-Côté  réprouve d’ailleurs, aujourd’hui, une «aversion pour la France de certains Québécois» :

Cette aversion est socialement autorisée. Celui qui l’exprime a les félicitations immédiates de bien des commentateurs. Elle n’est pas neuve, j’en conviens. Elle revient en boucle dans notre histoire. On présente la France comme l’antimodèle par excellence et on multiplie d’elle les grossières caricatures.

 

07. janvier 2014 par Pierre
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La France n’est pas complètement laïque…

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La cathédrale Notre-Dame-de-Strasbourg durant le dernier marché de Noël. ©Pierre Tremblay

Dans le débat sur le Charte des valeurs québécoise, on évoque souvent la laïcité française, sans se douter que ce modèle comporte une exception importante : le concordat d’Alsace-Moselle.

Qu’est-ce que c’est ?

En Alsace-Moselle, territoire couvrant trois départements à l’est de la France, un «régime concordataire» reconnaît et organise quatre cultes : le culte catholique, les cultes protestants luthérien et réformé, le culte israélite. Ce système permet quelques particularités impossibles ailleurs en France :

  • L’État paye les «ministres» de chaque culte, c’est-à-dire les pasteurs, prêtres, rabbins, etc.
  • L’État nomme certaines personnalités importantes, notamment les évêques de Strasbourg et Metz (par le Président, après accord du Saint-siège) et les grands rabbins et présidents et membres des consistoires protestant et israélite (par le Premier ministre).
  • Le religion est enseignée dans les écoles primaires et au collège (secondaire). Cet enseignement est obligatoire, mais une dispense est possible sur demande.

Pourquoi cette exception ?

Ce régime remonte à 1801, alors que Bonaparte et le pape Pie VII signent une entente qui reconnaît la religion catholique comme celle de la majorité des Français. Les autres cultes s’ajouteront plus tard.

Or, lorsque la fameuse loi sur la laïcité remplace ce régime en 1905, l’Alsace-Moselle… n’est plus en France. La région est annexée à l’Allemagne depuis la guerre franco-prussienne de 1870 et garde donc son concordat.

Après la Première Guerre mondiale, le territoire revient au sein de l’Hexagone, mais le président de l’époque, Raymond Poincaré, conserve ce régime concordataire à la demande des élus locaux. En fait, aucun président n’a depuis osé s’attaquer à cette exception.

Est-ce remis en cause aujourd’hui ?

Oui, pour plusieurs raisons. D’abord, les opposants à ce régime critiquent son coût : la rémunération des 1400 ministres de culte coûte 58 millions d’euros par année à l’État français. Ensuite, le concordat est souvent considéré «inégalitaire», puisqu’il ne reconnaît pas le culte de l’islam.

Enfin, plusieurs jugent ce système tout simplement anti-constitutionnel, la laïcité étant proclamée à l’article premier du texte fondateur de la Ve République. En février 2013, le Conseil constitutionnel s’est toutefois penché sur ce sujet et a reconnu la validité de cette exception, qui devrait donc perdurer encore longtemps…

 
À écouter : le reportage de France Inter sur le sujet
À lire : la tribune du maire de Strasbourg, favorable au concordat (Le Monde)
À lire : la réponse d’universitaires pour l’abolition du concordat (Le Monde)

05. janvier 2014 par Pierre
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L’école québécoise : un modèle ?

Vincent Peillon, Ministre de l'Éducation nationale ©Parti socialiste

Vincent Peillon, Ministre de l’Éducation nationale ©Parti socialiste

Il y a un mois, le dernier classement PISA de l’OCDE avait, une fois de plus, mis en relief les lacunes de l’école française : un fossé grandissant entre les «bons» et les «mauvais», un système qui reproduit les inégalités sociales, un niveau d’anxiété très élevé chez les élèves, d’importantes difficultés en mathématique, etc…

Le Nouvel Observateur a donc récemment suggéré cinq idées venues d’ailleurs pour changer l’école en France, dont celle de renforcer la confiance en soi des élèves, en s’inspirant… du Québec. Car, en France, la pression scolaire est forte, beaucoup plus forte que chez nous. L’élève a, disons, un «droit à l’erreur» très limité…

Les élèves français restent les champions de l’anxiété et du manque de confiance en soi. La faute aux notes, à la peur de l’échec, aux professeurs qui sanctionnent les erreurs plutôt qu’ils n’encouragent les progrès, et un élitisme latent où celui qui ne suit pas est discrédité.

Ainsi, le magazine vante «l’encouragement permanent» des enseignants québécois, via «méritas de persévérance», «bravo» sur les copies ou encore valorisation de l’implication dans la vie étudiante. On note aussi «l’énergie et l’expertise investies dans l’aide aux élèves en difficultés», grâce aux nombreux spécialistes présents dans chaque établissement : orthopédagogues, psychoéducateurs, techniciens en éducation spécialisée, orthophonistes…

Parmi les réformes envisagées en France, le ministre de l’éducation Vincent Peillon s’est déjà montré favorable à une évolution des notes, pour qu’elles engendrent «un encouragement et non un découragement».

Selon un sondage réalisé par un syndicat, 39% des enseignants estiment même qu’il faudrait «abandonner les notes chiffrées et les moyennes à l’école primaire et au collège». Une voie que le Québec a toutefois déjà empruntée par le passé… pour ensuite faire marche arrière…

 

 

03. janvier 2014 par Pierre
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