Charte : l’exemple français

Malek Chebel

Malek Chebel

Dans le débat sur la Charte des valeurs québécoises, la laïcité française est souvent évoquée. Malheureusement, on entend rarement parler de ce modèle via les premiers concernés, à savoir les Français eux-mêmes ou, mieux, les minorités religieuses de l’Hexagone. Pourtant, l’interdiction du port de signes religieux dans les écoles et services publics les concerne depuis déjà longtemps.

Cette semaine, sur les ondes de RDI, Anne-Marie Dussault a eu la bonne idée d’interviewer l’anthropologue et philosophe Malek Chebel. La (trop) courte interview est disponible ici, à la fin de l’émission. En voici un extrait :

Le problème du voile est derrière nous. Je pense que les musulmans et musulmanes ont compris que l’interdiction des signes ostentatoires n’est pas contre l’islam. Ce n’est pas une discrimination de l’islam lui-même. C’est parce que, en France, on estime que le tissu social, le respect de la laïcité, le respect des règles républicaines, sont plus importants que le respect personnel et exclusif de telle ou telle communauté.

Est-ce l’opinion de tous les Français et Françaises qui doivent se conformer à ces règles ? Difficile à dire, mais peu de voix semble s’élever ici contre ces interdictions, qui refont surface occasionnellement dans l’actualité (voir ici et ici), sans faire l’objet d’une réelle remise en question.

Toutefois, en septembre dernier, quand le ministre de l’Éducation nationale présentait une charte qui réaffirme les principes de la laïcité et l’interdiction des signes religieux à l’école, le président du Conseil français du culte musulman, Dalil Boubakeur, y allait d’un bémol :

Je suis un grand partisan de la laïcité, donc je ne peux que saluer l’affichage d’une telle charte dans l’école de la République. [...] J’incite tous les musulmans de France à la respecter strictement. [...] Mais je perçois aussi dans ce texte un regard oblique sur l’islam, notamment le passage sur l’interdiction du port de signes ou de vêtements. On voit très bien à qui il s’adresse, je crains [...] de voir les musulmans de France stigmatisés dans leur ensemble et que cette interdiction ne soit perçue comme trop brutale.

Quoiqu’il en soit, si on leur tend un micro, les croyants et croyantes qui vivent au quotidien le «modèle français» peuvent apporter un éclairage intéressant dans le débat qui secoue le Québec.

09. février 2014 par Pierre
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