La charte dans les médias français

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Caroline Fourest / © Philippe Grangeaud

Le débat sur la laïcité au Québec fait parler de lui dans les médias français. Deux fortes personnalités se sont récemment exprimées sur le sujet. L’une québécoise et l’autre française.

La première est nul autre que le chroniqueur et sociologue Mathieu Bock-Côté. Ce matin, sur le site du Figaro, il décrit le multiculturalisme comme un «fondamentalisme dans le relativisme» :

Le multiculturalisme repose sur l’inversion du devoir d’intégration : ce n’est plus à l’immigrant de prendre le pli de la société d’accueil, mais à celle-ci de transformer ses institutions pour les accorder aux exigences de la «diversité».

Mardi, la journaliste et essayiste Caroline Fourest a fait entendre sa voix sur le sujet dans une chronique sur France Culture (publiée aussi sur Le Huffington Post). Tenante indéfectible de la laïcité, cette personnalité très polémique en France est connue pour ses fortes critiques de l’intégrisme religieux et de l’extrême-droite (des écrits sur le Front national lui ont déjà valu une condamnation pour diffamation).

Sur France Culture, elle salue le projet du Parti québécois :

Il y a les tenants du multiculturalisme angélique, où l’appartenance à une communauté, une culture, une religion est sacralisée au point de parfois déroger à la loi commune. Les tenants, adverses, d’un identitarisme exacerbé, qui n’est jamais que le triomphe d’une communauté dominante sur les autres, plus minoritaires. Et puis ceux qui, à quelques réglages près, cherchent un chemin constructif et inclusif.


À noter aussi qu’Omar Aktouf, professeur à HEC Montréal, a récemment signé dans le journal algérien El Watan un contrepoids pour le moins féroce à ces deux éloges de la laïcité (inscription nécessaire sur le site). Dans une interview, il n’hésite pas à comparer le Parti Québécois au Front national :

On le sait, le PQ a depuis longtemps perdu son âme de parti social-démocrate, de parti proche des travailleurs… jusqu’à ne pratiquement plus présenter de différences avec les partis de droite comme le PLQ ou la CAQ, il s’acoquine avec tout ce qu’il y a de plus réactionnaire au sein du Québec-Inc. L’arrivée de PKP-Berlusconi [...] en est le couronnement, il lui faut absolument jouer sur le terrain de la terreur identitaire à l’instar des Front National en France et l’ensemble de l’extrême droite européenne.

(Iciici et ici d’autres articles moins récents sur le sujet.)

04. avril 2014 par Pierre
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Manuels Valls est-il pour l’indépendance de la Catalogne ?

C’est une question frivole aujourd’hui, mais qui risque d’être posée dans les prochains mois, alors que les Catalans préparent un référendum sur leur indépendance. C’est aussi une question que les souverainistes québécois se feront sûrement un plaisir de soulever, comme en témoigne déjà ces promptes félicitations de Lisette Lapointe à un «fier Catalan»…

En tout cas, Manuel Valls, né à Barcelone en 1962, s’exprime rarement sur le sujet. En 2013, lors d’une interview à une radio catalane et rapportée par L’Indépendant, il ne semblait pas très favorable aux aspirations des indépendantistes :

Comment je vis ce qu’il se passe en Catalogne en ce moment? Je suis le ministre de l’Intérieur français et j’ai une relation excellente avec le gouvernement central espagnol. J’ai une relation personnelle et de travail avec le ministre de l’Intérieur espagnol Jorge Fernandez-Diaz pour la lutte contre le terrorisme, contre le trafic de drogue… L’Espagne a cette culture d’autonomies fortes qui doit être une force et pas un problème.

Même si ce partisan du FC Barcelone ne cache pas ses origines catalanes, il serait donc évidemment surprenant qu’il s’immisce dans un débat si explosif. Et il n’y a pas que le danger politique… Dans la même interview, le nouveau premier ministre laisse aussi poindre son opinion personnelle :

Mon père était un catalaniste, un républicain mais je me rappelle que c’est Madrid qui l’a accueilli dans les années 70 avant même que la Catalogne ne se souvienne qu’elle avait un grand peintre. Avec cette réponse, je pense que vous pouvez comprendre ce que je pense.

02. avril 2014 par Pierre
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Manuel Valls à Matignon

Les dernières 48 heures ont été chargées en France. Après des élections municipales catastrophiques pour la gauche, François Hollande a nommé un nouveau premier ministre. Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, succède ainsi à Jean-Marc Ayrault. Ce fils d’un peintre catalan devient le premier homme né à l’étranger à ce poste.

Les portraits (ici, ici et ici) le décrivent comme énergique, ambitieux, combatif, ferme et parfois cassant. Cette personnalité et ses transgressions au sein de sa famille politique (critique des «35 heures», propos polémiques sur les Roms, changement de nom du Parti socialiste, etc.) lui valent le titre de  «sarkozyste de gauche». Au Point, l’ex-premier ministre Michel Rocard, pour qui Manuel Valls dit s’être lancé en politique, admet un choix original pour la gauche :

C’est une chance. L’homme est suffisamment intelligent, suffisamment courageux et suffisamment novateur pour être Premier ministre. Maintenant, on ne sait pas encore. Ce n’est pas sûr. Ce qui est sûr, c’est que le président de la République avait besoin d’un choix innovant. C’est un bon choix à ce titre.

Le nouveau premier ministre a formé ce matin un nouveau gouvernement «resserré». Moins de ministres (16) et parmi eux une certaine Ségolène Royal… Elle retrouve le ministère de l’Écologie, qu’elle avait occupé sous Mitterrand. Une revanche après ses défaites à la présidentielle de 2007 et aux primaires socialistes de 2011.

02. avril 2014 par Pierre
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Percée locale du Front national

Quelques mois après les Québécois, les Français étaient conviés hier à leurs élections municipales. Ce scrutin «de liste» se déroule en deux tours et ses modalités changent selon la taille de la commune (un processus plutôt complexe, mais bien expliqué par les «patates» du Monde).

Le fait marquant de la journée, c’est la percée historique du Front national. Le parti s’est hissé au premier rang de ce premier tour dans plusieurs villes importantes : Béziers, Fréjus, Perpignan, Avignon… La mairie d’Hénin-Beaumont, commune ouvrière de 26 000 habitants au nord du pays, a même déjà été ravie à la gauche par le frontiste Steeve Briois (ci-dessus) avec un peu plus de 50% des voix.

Les partis devaient obtenir plus de 10% des voix pour passer au deuxième tour, qui aura lieu le 30 mars. Le Front national y est parvenu dans 330 mairies sur 595 qu’il briguait. Après ce record pour son parti, Marine Le Pen a prédit la fin de la bipolarisation gauche-droite.

Mais le Front national s’impose-t-il vraiment comme la troisième force politique du pays ? Sur Slate.fr, le journaliste Jean-Marie Colombani tempère et suggère d’attendre le deuxième tour :

Soit les listes Front national présentes gardent leurs voix: on aura alors affaire à un vote d’adhésion, comme le dit Marine Le Pen, à un vote FN, à un vote anti-tout, anti-système, anti-élite, anti-euro, tout ce qu’on voudra… l’un des éléments du vent de populisme qui souffle sur toute l’Europe. Soit les listes FN présentes au second tour perdent leur substance et une partie non négligeable de leurs voix se reportent sur l’UMP: on sera alors dans le cas de figure d’un vote sanction contre le gouvernement.

En attendant ce deuxième tour, plusieurs alliances se préparent entre les partis de gauche. L’inquiétude est telle au sein de la famille politique que Jean-Marc Ayrault invite à un «front républicain». Il s’agit d’une union de la gauche et de la droite, du PS et de l’UMP, pour freiner le Front national. Une alliance exceptionnelle qui s’était produite en 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen s’était faufilé au deuxième tour de la présidentielle.

Aussitôt lancée, l’appel du premier ministre a été rejetée par l’UMP

24. mars 2014 par Pierre
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Des paroles et des actes

Au Québec, il ne reste que trois jours avant le premier débat des chefs, qui sera diffusé par Radio-Canada et Télé-Québec. «Premier», puisque Pauline Marois a récemment fait volte-face et approuvé un deuxième débat proposé par TVA. Ce dernier aura lieu le 27 mars et prendra la forme de plusieurs «face-à-face».

Bonne nouvelle pour ceux qui y voient un bon moyen d’évaluer les candidats, mais nous sommes encore loin des joutes télévisuelles auxquelles les politiciens français ont participé lors de la dernière présidentielle…

En 2012, non seulement Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient débattu durant un interminable face-à-face de trois heures entre les deux tours de scrutin, mais chacun des candidats avaient du passer le test de l’excellente émission Des paroles et des actes.

Diffusée sur France 2, l’émission était une épreuve pour les aspirants à la présidence. Les candidats devaient d’abord se mesurer aux questions pointues de Nathalie Saint-Cricq (responsable du service politique de France 2), Fabien Namias (ex-rédacteur en chef des services politique et économie de France 2) et François Lenglet (directeur du service «France» de France 2 et excellent journaliste économique).

Puis, l’invité affrontait un adversaire politique en «duel», avant les conclusions incisives de Franz-Olivier Giesbert (directeur du magazine Le Point) et Hélène Jouan (directrice des magazines d’information à France Inter). Ce «test» durait jusqu’à trois heures et prouvait, une fois de plus, que les politiciens français sont de redoutables et fins débatteurs.

Imaginez un peu. C’est comme si les candidats aux élections québécoises devaient répondre aux questions et analyses d’éditorialistes et journalistes chevronnés comme Gérald Fillion, Chantal Hébert, Michel David, André Pratte et Yves Boisvert (pour ne nommer que ceux-ci). Tout cela, je le répète, durant trois longues heures…

Des paroles et des actes sera-t-il un jour adapté au Québec, où la culture du débat est moins développée ?

17. mars 2014 par Pierre
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